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Texte de Marie Crèvecoeur

Commissaire d’expositions, 1998.

Ce texte est également publié sur le site http://www.dhalgren.net

À PROPOS D’ANNE MANDORLA

Quand un peintre amoureux du papier comme l’est Anne Mandorla se décide à prendre le chemin de l’atelier du graveur, l’amateur d’estampes suit ses premiers pas avec intérêt, guette les premiers essais.

Où, comment l’artiste va-t-elle transposer la matière de ses créations originales, éclairer de lumière le cuivre imprimé, reproduire la force du papier froissé, déchiré, maculé de peinture ?

Dans le cas qui nous occupe, nous pouvons nous étonner du résultat, nous étonner au sens premier et fort du terme : avec aisance et hardiesse, l’artiste s’est rapidement et habilement approprié les nouveaux outils mis à sa disposition. ” C’est la peinture graphique de Klee, Dubuffet et Alechinsky qui m’a donné envie de graver. Ils creusent de sillons la pâte picturale en ôtant au lieu de charger. leur geste aère la matière de lignes matricielles. C’est une autre façon d’ aborder la peinture . Mais peinture et gravure sont très proches et le travail de l’une renvoie au travail de l’autre. “ Empreinte de doute et de délicatesse, l’ interrogation du miroir de cuivre a renvoyé l’artiste à elle-même, l’a aidée à retrouver ses thèmes habituels transformés, métamorphosés, enrichis.

Des œuvres de petit format sont nées de la rencontre de la peinture et de la gravure. L’artiste procède par séries de faibles tirages qui sont, en fait, composées d’ épreuves uniques originales regroupées autour d’ une forme gravée en taille-douce. Totems ou fétiches, croix ou mandorles, disques plats donnent leur titre aux séries de 15, 20, voire 30 planches.

Ce répertoire de formes habituelles au langage mandorlien est élaboré indifféremment à l’acide, à la pointe-sèche, au burin ou à la manière noire, sur des cuivres découpés qui, éventuellement, s’ imbriquent comme un puzzle. ” J’ ai abordé la technique de la gravure en 1995. J’ avais imaginé que le burin allait être mon outil, mais j’ai rapidement déchanté devant la difficulté de le maîtriser ! Je l’ utilise pour creuser un large sillon malhabile, très évident, au centre de la plaque parmi les traits plus fins et grisés de la pointe-sèche et de l’eau-forte. ”

Le graveur décline les différents registres de cette forme en la déplaçant autour d’un axe vertical / horizontal. L’épreuve numéro 1 de la série est l’épreuve en noir et blanc de cet élément architectonique. Les épreuves suivantes sont des impressions où cette forme glissée est combinée à un papier appliqué, préalablement peint. Les mises en page des éléments gravés et peints sont une interprétation combinatoire de la croix qui revient régulièrement dans l’œuvre peint.

”Manipulant avec force les couleurs dans la peinture, j’ ai commencé à encrer mes premières plaques de cuivre de différentes couleurs ; mais les encres à graver se marient mal et leurs tonalités manquent de subtilité pour le résultat que je recherche. En conséquence, je me suis rapidement orientée vers le marouflage de petits papiers, préalablement peints, comportant souvent des empreintes de matrices en bois.”

L’artiste imprime elle-même sa production. Elle passe simultanément sous la presse la plaque encrée et le papier rehaussé. ”Lors du tirage, l’application en est très délicate ; j’ utilise des outils de dentisterie pour la précision“. La monumentalité du monolithe est traduite dans des épreuves qui ont pour certaines la délicatesse de l’enluminure .

Anne Mandorla exécute la totalité du tirage indiqué, ne le date pas mais l’intitule. Les titres de ces séries sont : rêve excavé, greniers de glaise, mandorles, plénitude- déclin- résurrection, enclave territoriale, exhumation de ruines, esprit fétiche, cueillette et chasse, image rédemptrice, corps seconds, parure d’Orant, lignes fiducielles, noyau cruciformel, béhémot cryptuaire, etc …

À l’instar de sa peinture, la gravure d’Anne Mandorla témoigne de son souci du spirituel, de sa quête des origines de la pensée, ainsi que de son interrogation des mythes fondateurs.

Née artiste, elle doit s’ exprimer à travers la matière ;
Née peintre, donner sens et forme à travers la couleur ;
Née « Mandorle », s’inspirer de la symbolique de la spiritualité.

Dans cette production gravée se révèle - plus vivement encore que dans les peintures acryliques de grand format - le paradoxe de la manière de l’ artiste, mélange d’art brut et de raffinement, où des papiers précieux sont déchirés, sont vivifiés de rehauts dorés, de coulures vert d’ eau
qui évoquent le miroitement des rutilances à la Gustav Klimt, de damiers délicatement colorés a la sensibilité des aquarelles de Paul Klee.

Cet essai d’appropriation par Anne Mandorla du savoir-faire du graveur , de ses gestes plusieurs fois centenaires, offre une production inventive , issue d’ une démarche très personnelle . Cet art de l’ estampe souligne
le contraste sophistiqué des noirs aux gris de la taille en creux avec les stridences des pigments liés à l’ acrylique. L’artiste a su mêler la finesse du support - toujours et encore le papier - la richesse de la couleur, l’ élégance efficace de ses mises en page, au raffinement primitif de sa thématique.

Ces premières réussites encouragent anne mandorla dans l’ idée d’approfondir et de renouveler sa recherche : ”J’ ai toujours envie d’expérimenter de nouvelles techniques, d’ autant que je pressens d’inévitables interférences par la suite dans mon travail de peintre ”.
Gageons que ses nouvelles expérimentations sauront nous offrir un autre témoignage de son accomplissement d’artiste graphique et plasticienne.




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Clichés Anne Mandorla et Nicolas Pfeiffer.